Interview d'experts - Le point de vue d'Olivier Babeau,
Président fondateur de l'Institut Sapiens,
sur le financement obligataire des PME

Comment situez-vous le placement privé obligataire dans le panel des solutions de financement des PME ?

Le financement des entreprises en France est un problème qui a été identifié depuis très longtemps. Le diagnostic a été fait, des analyses ont été faites autour de la problématique des entreprises, surtout de tailles moyennes et petites, pour accéder au financement. Les deux grandes formes les plus connues de financement sont évidemment le financement à travers la bourse, mais qui va avec des contraintes réglementaires et de transparence qui sont extrêmement fortes et qui font que ce type de financement est plutôt réservé à des entreprises de très grandes tailles. Il y a également un risque de dilution important car ce sont les titres de propriété que vous allez donner. La deuxième forme, c’est évidemment la dette bancaire. Les banques travaillent sur des montants qui sont relativement limités et des modalités qui sont un petit peu moins larges que ça a pu être le cas autrefois. Ou pour le dire autrement, les banques aujourd’hui ont des contraintes réglementaires si fortes, des nécessités de sécurité tellement grandes, que l’on peut se demander si elle ont toujours les moyens d’approfondir leur compréhension des entreprises. Elles ont du mal à financer toutes les entreprises et sont donc plutôt dans une situation de retrait. C’est d’ailleurs un débat politique que cette capacité des banques à financer et aujourd’hui cela paraît très difficile. La troisième possibilité est ce financement privé qui correspond à un mode relativement innovant qui était très peu connu en France jusque-là, qui n’existait pas. Il bénéficie d’innovations technologiques, exactement comme on l’a fait dans d’autres secteurs, qui permettent de rapprocher la demande et l’offre à travers une plateforme pour permettre de décloisonner les marchés, de faire se rencontrer des acteurs, peut-être de créer une relation de confiance qui n’existait pas. Autrement dit, les PME, qui peuvent avoir des besoins innovants, vont rencontrer un investisseur qui va les financer au moyen d’une dette obligataire, remboursable in fine (dont elle va supporter, avant l’échéance, uniquement le remboursement des coupons), qui va être capable de comprendre le projet et d’être un vrai accompagnateur du projet de développement. Ce projet peut être l’achat d’actifs, une évolution des modes de gouvernance, une innovation, un lancement sur un nouveau marché… Tous ces types de développement d’entreprise vont pouvoir trouver une possibilité de financement qui autrefois, il faut bien le dire, était rendue très difficile par cette espèce de dualisme bancaire versus boursier.

Quels sont les acteurs du financement par placement privé obligataire ?

Aujourd’hui vous avez trois types d’acteurs, vous avez d’abord les fonds de private equity qui, jusque-là faisaient de l’equity mais de plus en plus, on pourrait dire, s’hybrident en faisant également de la dette privée. Vous avez aussi traditionnellement des family office, et, enfin, ces fonds de dette privée, qui sont capables de développer un accompagnement spécifique et de mettre en rapport cette offre et cette demande de financement avec un accompagnement, qui en est peut-être la valeur ajoutée, avec une compréhension du métier et des projets, qui manquait un peu jusqu’à maintenant.

Comment expliquez-vous que cette solution soit assez peu développée en France sur les PME, alors même qu’il y a des besoins de financement importants et on pourrait même ajouter que ce mode de financement est déjà très développé pour les grosses sociétés ?

Cette ignorance est peut-être liée à l’ignorance malheureusement culturelle des Français en économie, dont on a parlé à l’institut Sapiens, une méconnaissance assez forte, à la fois des mécanismes économiques de base, et puis, peut-être, chez les entrepreneurs, à une absence de formation et une absence d’information. Le manque de diffusion de la connaissance peut expliquer que ce qui est courant dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis, et depuis longtemps, ne l’est pas chez nous. Nous faisons aujourd’hui le constat du passage à ce qu’on appelle ce capitalisme numérique ou capitalisme cognitif c’est-à-dire fondé sur l’importance de l’information, une accélération des changements qui sont de plus en plus abrupts, avec des stratégies qui doivent nécessiter des développements plus rapides. Le rythme n’est pas le même, la temporalité n’est pas la même. Et à temporalité différente doit correspondre un financement différent, c’est-à-dire un financement plus rapide, plus agile, moins lourd pour les entreprises, ayant moins d’inconvénients tels que la dilution par exemple. Ces évolutions récentes peuvent expliquer qu’à un moment donné ces formes aient été moins développées, parce qu’on en avait moins la connaissance, mais aussi parce que le besoin était moins sensible. Aujourd’hui, dans une société et dans une économie qui vont très vite, ce besoin se fait sentir, ce qui explique le développement rapide de ces nouveaux mécanismes et en particulier de ces plateformes de dette privée.

Comment les plateformes digitales de dette privée peuvent aider au développement des territoires, à la redynamisation des territoires ?

L’un des problèmes majeurs dont souffre la France aujourd’hui est la désertification territoriale avec, d’un côté, des grandes métropoles nationales ou régionales relativement prospères et, de l’autre, cette espèce de désert qui créé des mouvements sociaux tels qu’on a pu les voir, fondés sur une forme de désespérance économique, accompagnée du sentiment qu’il n’y a plus de service public, plus de service de santé… Il ne faut pas oublier que ceci est la conséquence de la disparition d’activités économiques. Comment revitaliser ces territoires aujourd’hui ? Nous sommes tous conscients que ça passe d’abord par des formes de réindustrialisation et plus généralement par des réimplantations d’entreprises, de sites de production. Ceci est rendu possible aujourd’hui par internet, si vous avez une bonne couverture numérique évidemment. En réalité, quand vous voyagez un peu dans ces beaux territoires de France, vous vous rendez compte qu’il y a des pépites extraordinaires qui existent, il y a énormément de compétences, de savoir-faire, avec des entreprises qui ont une capacité à rayonner sur les marchés à l’étranger. Le problème est souvent l’accès aux compétences locales. Si vous arrivez à donner à ces entreprises le financement dont elles ont besoin pour leur stratégie de développement, vous pouvez avoir potentiellement des développements économiques en particulier dans les territoires. Ceci viendrait régler un problème extrêmement important de la France, qui dépasse le cadre restreint du seul problème du développement local des entreprises de taille moyenne. On est là au-delà, dans une problématique très importante de prospérité nationale et, je dirais même d’unité nationale et d’apaisement social.

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